
Objectifs pédagogiques
L’objectif du séminaire est d’initier les étudiants à la recherche architecturale. Il s’agit d’une part de saisir l’architecture comme un champ de connaissances en construction, d’autre part d’expérimenter les outils et méthodes de la recherche, et enfin d’acquérir un regard critique. Cet objectif s’appliquera de manière privilégiée aux architectures de l’habitat, en ouvrant l’investigation à plusieurs échelles et approches disciplinaires. Partant du point de vue de la conception, la recherche tissera les approches afin de construire des problématiques et des hypothèses spécifiques de cet objet d’étude transdisciplinaire, entre histoire, processus, spatialité, réception et transformation. La recherche croisera ainsi les méthodes d’enquête et d’analyse de l’architecture, de l’histoire et des sciences humaines pour interroger les architectures de l’habitat de manière rétrospective et prospective, en questionnant tant les enjeux contemporains que les savoirs et théories construits dans le temps long. Sorte d’« archéologie du projet », la recherche permettra de déconstruire le processus de conception et la multiplicité des paramètres qui le déterminent.
Organisation
Le séminaire a lieu les mardis et se poursuit durant trois semestres de Master, du semestre 7 au semestre 9. Le 1er semestre est consacré à la construction du sujet (thème, question de départ, corpus, état de l’art) et à la découverte des méthodes de la recherche (enquêtes, visites, archives, entretiens, méthodes d’analyse). Le 2e semestre permet de développer l’enquête et l’analyse du corpus et d’amorcer l’écriture du mémoire. Le 3e semestre comprend la finalisation de la rédaction et la soutenance.
Axes
Les architectures de l’habitat procèdent de nombreux facteurs. En adoptant le point de vue du concepteur, le processus de conception s’enracine d’abord dans une relation avec le maitre d’ouvrage, et au-delà une connaissance, voire une vision des habitants et des modes de vie dans une culture donnée. Cette vision repose sur la culture de l’architecte, ses méthodes et sa posture. Elle se construit dans le temps, et croise aussi bien le parcours de l’architecte que l’histoire de l’architecture dans une époque et une société données. En effet, le travail de conception s’inscrit aussi dans une multiplicité d’histoires croisées : celle du concepteur, celle du maitre d’ouvrage, celle de l’architecture, celle de la société. Il correspond aussi à un ensemble de règles et de méthodes que se donne l’architecte, puisées dans les théories de l’architecture ou dans sa culture personnelle, expérimentées et transformées dans la longue durée.
En adoptant le point de vue de l’habitant, se pose la question de l’habiter. Comprendre l’habiter, c’est explorer les relations qu’établissent les habitants avec leur habitat, de l’échelle du logement à celle de l’immeuble voire du quartier. Ces relations se construisent au sein d’une société et d’une culture, elles évoluent au gré des époques et des parcours de chaque habitant. Elles se concrétisent dans les manières d’habiter, d’occuper son logement et son quartier, de s’approprier les espaces, de les meubler ou de les transformer dans la longue durée au fil des modifications du groupe domestique. Les mutations sociétales telles que la diversification des modes de vie, l’allongement de la durée de vie, ou la transformation des relations habitat/travail contribuent à renouveler les modes d’habiter et à poser les questions de l’évolutivité et de la flexibilité.
Plus largement, la conception de l’habitat s’inscrit dans une économie et une politique du logement, elle intègre les lois du marché comme les structures de production du bâti. Elle évolue au fil des conjonctures et il faut toujours la contextualiser dans l’époque. Mais l’analyse d’un objet situé dans l’histoire se fait depuis le contemporain, elle interroge forcément nos problématiques actuelles : l’évolution des modes de vie, l’intégration de la question écologique, la place croissante des opérations de réhabilitation, l’avancée des techniques. Ces enjeux déterminent notre manière de regarder les édifices passés et présents, et de produire une connaissance de la conception orientée vers le contemporain.
À la dimension sociale de l’habitat, considéré comme production et reflet d’une société, viennent enfin se superposer les dimensions spatiales et constructives qui sont au cœur du métier d’architecte. Quels types d’habitat et quels espaces accueillent les différentes manières d’habiter ? Comment sont-ils organisés, dimensionnés, éclairés, équipés, implantés ? Quelles sont leurs qualités spatiales et leurs qualités d’usage ? Le processus de conception, ses outils de représentation et de négociation, les notions théoriques qui le sous-tendent, et la culture de l’architecte participent de la production des architectures de l’habitat.
Pour aborder cet ensemble de questions, nous proposons de considérer les architectures de l’habitat au croisement de plusieurs approches, en accentuant l’une ou l’autre selon les problématiques de chaque étudiant : si l’analyse de l’édifice reste incontournable, elle pourra s’associer par exemple à une étude historique du parcours et des théories du concepteur, à une analyse des pratiques de production du maitre d’ouvrage, ou encore à l’examen de l’organisation du travail à l’agence d’architecture. Les outils et les théories propres aux architectures de l’habitat constitueront à la fois les objets de recherche et les instruments d’analyse. Des notions telles que la distribution, le seuil, le confort, ou encore le type pourront être interrogées à différentes époques, tant dans leurs définitions et leurs interprétations que dans leurs traductions concrètes. De même, les situations étudiées pourront concerner une diversité d’environnements et de types, du logement collectif à la maison individuelle.
En croisant analyse architecturale, théorie, histoire, voire sociologie, le séminaire ambitionne d’éclairer les facteurs qui concourent à l’élaboration de l’architecture, à l’aide d’une exploration transdisciplinaire de l’objet de recherche. Les problématiques pourront croiser aussi bien le travail de conception, la théorisation qui le sous-tend, les outils de représentation qui le nourrissent, que la perception de l’espace construit résultant du processus.
Pour mener ces recherches, différents types de sources pourront être mobilisées : les édifices, considérés comme les premiers « documents » permettant d’analyser l’architecture, les archives comme support d’analyse du processus de conception, les écrits, qu’il s’agisse de livres, d’articles ou d’interviews (les revues sont une ressource fructueuse), les entretiens avec les concepteurs, et plus largement avec les acteurs de la production bâtie. Les méthodes d’analyse, croisant l’histoire, l’architecture et la sociologie, viseront à mobiliser les outils de l’architecte pour nourrir et interroger les savoirs de l’architecte.
Thématiques
Les thématiques développées ces dernières années sont :
- Les relations entre conception et construction dans la production de l’habitat (Ewa Rinquel 2024, Isaac Cohen 2025, My-Linh Vu 2026).
- Les relations entre conception et culture, abordées sous l’angle de l’anthropologie ou des transferts culturels (Ainhoa Cousté 2025, Matthieu Martin 2023, Virgile Helfer 2026)
- Les relations entre conception et société, ouvrant à des études sur l’habitat participatif d’un côté et à des analyses post-occupancy de l’autre, confrontant espace conçu et espace vécu (Alice Taillandier 2024, Sophia Leberre 2024, Elsa De Oliveira 2025, Matthieu Gaudé 2026, Rémi Journault 2026)
- Les dispositifs et leurs effets spatiaux et sociaux (Tristan Savigne 2024, Roman Fortin 2025, Léa Nominé 2025, Lucile Rouquette 2026)
- L’organisation et l’évolution des typologies d’habitat et de leurs relations à la ville (Thomas Barthelemy 2023, Anne-Gaelle Devouard 2023, Gaelle Koussou 2024, Lucien Crouzet 2026)
- La réhabilitation et la reconversion en habitation (Cassandre Epinat 2023, Elise Romagnan 2023, Fanny Mangin 2024, Julia Bastin 2025, Gaspard Garcia 2026, Justine Beaurain 2026)

Mémoires primés, articulés avec un PFE mention recherche et poursuivis en doctorat
Mémoires ayant obtenu la mention recherche (PFE)
- Alazraqi Hamid, Intériorité et paysage dans l’architecture domestique moderne. Une analyse comparée entre Villa Savoye & Maison Carré, 2025
- Clerget Ambre, Les Immeuble-villas de Le Corbusier : Recherches et projets non réalisés dans la pratique de l’architecte, 2024
- Cousté Ainhoa, La place de la porte coulissante dans l’habiter japonais : Son évolution au travers des mœurs depuis les maisons traditionnelles japonaises, 2025
- Devouard Anne-Gaelle, Habiter la profondeur à Prague : ses qualités à l’échelle de l’îlot, de la parcelle et du logement, 2023
- Lascassies Vincent, Interpréter la réglementation urbaine : Cas d’étude comparatif de l’approche critique de la palazzina romaine dans les années 1950, 2025
- Mangin Fanny, Reconvertir pour ne pas laisser périr : La transformation des corps de ferme en logement collectif en Ile-de-France, 2024
- Taillandier Alice, Espaces et processus collectifs : La fabrication du lien social dans l’habitat participatif norvégien, 2025
- Thomas Nathanael, L’appropriation : De la conception théorique à la réalité vécue, 2023
- Savigne Tristan, Espace ouvert versus intimité : étude de cas : « Espace vide et espace articulé » de Steven Holl à Fukuoka, Japon, 1991, 2025




